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Mars 2018 : Léon Vaudoyer à la Villa Médicis, quand l'architecture historiciste prend racine

Mars 2018 : Léon Vaudoyer à la Villa Médicis, quand l'architecture historiciste prend racine

​​​​​La bibliothèque numérique vous invite à découvrir (ou redécouvrir) un fonds de dessins, celui de l'architecte Léon Vaudoyer (1803-1872).
Léon Vaudoyer s'inscrit dans une lignée d'architectes puisque il fit ses études dans l'atelier de son père Antoine-Laurent Vaudoyer (1756-1846), tout comme le fera son fils Alfred Vaudoyer (1846-1917). Après avoir intégré l'École des beaux-arts, Léon Vaudoyer remporta le Grand Prix de Rome en 1826 avec un projet de Palais pour l'Académie de France à Rome, dessins que conserve l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Nommé membre de la commission des monuments historiques ainsi que de celle des arts et édifices religieux, il mit sa carrière au service de l'État refusant les commandes de particuliers ou les travaux commerciaux. Il se consacra essentiellement à deux chantiers officiels : la nouvelle cathédrale de Marseille et la restauration du Conservatoire des arts et métiers de Paris, installé depuis la Révolution dans l'abbaye Saint-Martin-des-Champs.

Plus de cent cinquante dessins de Léon Vaudoyer sont présents dans le fonds de la bibliothèque de l'INHA pour la plupart réalisés lors de son séjour en Italie. Profitant de l'opportunité offerte aux lauréats du Grand prix de Rome de séjourner à la villa Médicis, Léon Vaudoyer arrive à Rome en janvier 1827. Il entame alors avec son père une relation épistolaire régulière que la bibliothèque de l'INHA conserve également. La correspondance échangée par les Vaudoyer père et fils pendant cette période, apporte un éclairage complémentaire. Ainsi comme Léon l'indique à son père dans sa lettre datée du 12 janvier 1827, il se rapproche, dès son arrivée, de Félix Duban (1797-1870), Henri Labrouste (1801-1875) et Joseph-Louis Duc (1802-1879) : « Je suis souvent avec Duc, Labrouste et Duban [...] Quand il fait beau, Duc et Labrouste me conduisent voir les antiquités. Duban m'a mené lundi au Vatican...  ». Dans ses lettres, Vaudoyer déplore la monotonie des soirées hivernales, qu'il occupe en retravaillant en lavis légers les dessins qu'il rapportait de ses expéditions ou en copiant ceux des autres pensionnaires. Ce dernier point explique la présence de dessins quasi identiques signés par des architectes différents comme cette élévation de l'église de Saint-François à Rimini de Vaudoyer que l'on retrouve chez Duban ou encore ce relevé du tombeau antique de Falerii Novi commun, là encore, à Vaudoyer et Duban.

Présents depuis plusieurs années sur la bibliothèque numérique, les dessins d'Italie de Vaudoyer ont été remis en ligne dans une meilleure version permettant d'en explorer les moindres détails, d'apprécier la précision du tracé et de prendre ainsi la mesure de la sincérité irréprochable de son travail de relevé. Les notices descriptives des dessins ont été enrichies notamment de données géographiques permettant de suivre le parcours de l'architecte et de détecter ses lieux de prédilection. Jusqu'au milieu des années 1840 les pensionnaires ne pouvaient proposer à l'envoi des relevés et restaurations de monuments situés hors d'un périmètre maximum de quarante milles autour de Rome avant leur troisième année. Cependant, il apparaît que Vaudoyer ne s'est d'emblée pas limité strictement à la région du Latium, élargissant son terrain de prospection par de nombreuses excursions. A Bologne, il s'intéresse à la richesse de l'architecture médiévale italienne ; à Assise et Palerme, il s'attache à la polychromie des décors ; à Pompéi, il se concentre sur les plans au sol pour étudier la conception de l'espace domestique... Son attention se porte tout particulièrement sur l'évolution des formes et sur la manière dont les types de bâtiments et les motifs s'adaptaient au contexte social, politique, culturel et régional, l'architecture historiciste est en germe...

Léon Vaudoyer rentre à Paris au cours de l'été 1832. Durant ses cinq années de pensionnat, il exécuta plus de trois cents dessins qui furent contrecollés sur carton, classés chronologiquement et numérotés peut-être à l'occasion de l'exposition posthume que l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris organisa en 1873. Conservant près de la moitié de ces feuilles d'études faites en Italie l'INHA dispose de l'ensemble le plus important connu à ce jour. Pour l'autre partie, une cinquantaine se trouvent au Musée des Beaux-arts de Marseille, suite au legs d'Alfred Vaudoyer, quelques autres pièces figurent dans les collections de l'Académie d'architecture de Paris, d'autres enfin ont été localisées dans des collections privées.



En savoir plus
Marie-Laure Crosnier Leconte, Barry Bergdoll, Daphné Doublet, Antoinette Le Normand-Romain, Les Vaudoyer : une dynastie d'architectes : exposition, Paris, Musée d'Orsay, 22 octobre 1991-12 janvier 1992, Paris, Réunion des musées nationaux, 1991
Barry Bergdoll, Léon Vaudoyer : historicism in the age of industry, London, MIT Press, 1994.
Adolphe Lance, Dictionnaire des architectes français : Tome 2, Paris, A. Morel, 1872. Disponible en ligne : http://bibliotheque-numerique.inha.fr/idurl/1/9162 (consulté le 27/02/2018)
Charles Blanc, Les Artistes de mon temps, Paris, Firmin-Didot, 1876. Disponible en ligne : http://bibliotheque-numerique.inha.fr/idurl/1/4990 (consulté le 05/03/2018)